By Martin Hoegger
Parler du « mystère de Jérusalem », ce n’est pas cultiver l’énigme ni l’obscurité, mais reconnaître qu’il s’agit d’une réalité qui dépasse toute appropriation humaine. Jérusalem ne se laisse pas saisir, ni enfermer dans une définition, un projet politique, une théologie exclusive ou une émotion religieuse. On ne peut pas mettre la main sur Jérusalem sans la trahir. Elle est un mystère à accueillir, à respecter et à servir.
Le rabbin Gilles Bernheim a exprimé cette vérité ainsi : « Le problème de Jérusalem est d’être trop aimée. » Trop aimée, parce que chacun veut l’aimer à sa manière, selon sa mémoire, sa blessure, sa foi ou son idéologie. Et cet amour, lorsqu’il devient exclusif, risque de se transformer en rivalité, en violence ou en négation de l’autre. Le mystère de Jérusalem commence précisément là : dans la tension entre un amour légitime et le danger de l’appropriation.
Le mystère de l’alliance jamais révoquée
Jérusalem est d’abord le lieu du mystère de l’alliance de Dieu avec le peuple juif, une alliance que l’Écriture affirme comme irrévocable. Depuis plus de trois mille ans, cette ville est liée à l’élection d’Israël et à la fidélité de Dieu qui ne se repent pas de ses dons ni de son appel. La permanence du peuple juif à Jérusalem, malgré les exils, les destructions et les persécutions, demeure un signe qui interroge l’histoire et dépasse toute explication purement humaine.
Ce mystère rappelle que Jérusalem n’est pas d’abord un enjeu géopolitique, mais un lieu théologique, où se manifeste la fidélité de Dieu à sa Parole. Toucher à Jérusalem sans reconnaître cette alliance, c’est méconnaître une dimension fondamentale de son identité.
Le mystère de la promesse et de l’attente
Jérusalem est aussi le lieu du temps de l’attente. Le peuple juif y attend toujours le Messie, dans la prière, dans l’étude de la Torah, dans l’espérance jamais éteinte. Cette attente, inscrite dans les pierres mêmes de la ville, fait partie intégrante de son mystère. Elle rappelle que l’histoire n’est pas achevée et que le monde n’est pas encore pleinement réconcilié.
Pour les disciples du Messie Yeshua de Nazareth, cette attente entre en résonance avec la confession de foi de sa mort et de sa résurrection à Jérusalem. C’est là que s’est accompli le mystère pascal : le don total de Dieu pour le salut du monde. Jérusalem devient alors le lieu où la mort est vaincue.
Le mystère du déjà-là et du pas-encore
Mais le mystère ne s’arrête pas là. Les chrétiens confessent également le retour attendu du Christ, lié, d’une manière ou d’une autre, à Jérusalem. Ainsi, la ville se situe au croisement du déjà accompli et du pas encore, entre mémoire et espérance, entre accomplissement et attente. Elle demeure un signe eschatologique, orienté vers la plénitude du Royaume de Dieu.
Le mystère du surgissement de l’islam
Jérusalem est enfin marquée par le surgissement de l’islam, qui reconnaît lui aussi la sainteté de la ville. Elle devient ainsi un lieu unique de rencontre — et de confrontation — entre les trois grandes traditions monothéistes. Cette pluralité religieuse n’est pas un accident de l’histoire, mais une composante du mystère même de Jérusalem.
Une vocation de réconciliation
Le mystère de Jérusalem appelle donc une attitude spirituelle précise : l’humilité. Marcher humblement avec Dieu, pratiquer la justice et aimer la miséricorde (Cf. Mi 6.8) ne sont pas des options secondaires, mais la condition pour honorer la vocation profonde de la ville. Jérusalem ne sera jamais pleinement elle-même tant qu’elle sera revendiquée contre l’autre, et non reçue comme un don à partager.
Parler du Mystère de Jérusalem, c’est ainsi reconnaître que cette ville appartient d’abord à Dieu. Elle est le lieu où Dieu se révèle, se cache, appelle et attend. Un lieu où l’histoire humaine est traversée par une promesse qui la dépasse, et où chaque croyant est invité non à posséder, mais à se laisser transformer.


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