By Martin Hoegger
Lausanne, le 14 décembre 2025. L’office de Hanouka célébré à la synagogue de Lausanne s’est inscrit cette année dans un contexte particulièrement grave. Alors que Hanouka est traditionnellement une fête de joie et de lumière, elle a été marquée par le souvenir du drame survenu à Sydney, où douze Juifs ont été assassinés, ce jour-même lors d’une célébration de Hanouka. Cette tragédie, ajoutée à un climat international de résurgence de la haine antisémite, a donné à cette célébration une profondeur particulière. Les paroles prononcées successivement par Elie Cohen, président de la Communauté israélite de Lausanne et par le rabbin Eliezer Shaï Di Martino, ont articulé un message de résistance et d’espérance.
Une synagogue pleine comme signe de vie
Dès ses premières paroles, Elie Cohen a souligné la force symbolique d’une synagogue remplie. Voir la communauté rassemblée et priante, était déjà en soi un message adressé aux générations passées, à ces aînés qui, parfois contraints par l’interdit ou par l’histoire, n’ont pas toujours pu vivre leur foi dans la joie et la liberté. Après les épreuves récentes, notamment celles liées aux violences d’octobre 2023, ce premier temps de fête à la fin de l’année 2025 prenait une dimension mémorielle : il fallait compter les morts, sans pour autant céder au désespoir. Car, rappelait-il avec force, « toutes les tentatives visant à éteindre la joie juive ont toujours échoué. »
Hanouka, mémoire d’une lutte et promesse de lumière
La fête de Hanouka elle-même porte cette tension entre obscurité et espérance. Elle rappelle l’une des périodes les plus sombres de l’histoire juive, marquée par la profanation du Temple de Jérusalem et par la tentative d’effacement de l’identité d’Israël. Et pourtant, au cœur de ce chaos, surgit la fiole d’huile, minuscule et inattendue, qui brûle plus longtemps que prévu. Ce miracle enseigne que la lumière finit par l’emporter sur les ténèbres. La joie de Hanouka n’est donc pas une joie naïve, mais une joie enracinée dans l’attachement à Dieu.
L’antisémitisme, une haine archaïque et universellement destructrice
E. Cohen au aussi dénoncé sans détour l’antisémitisme qui se manifeste aujourd’hui sous des formes renouvelées. Les antisémites, a-t-il rappelé, aiment tuer, individuellement ou en masse, mais ils ne font que révéler leur propre déchéance morale. Leur idéologie, même lorsqu’elle se drape du langage du progrès ou de la modernité, demeure archaïque, criminelle et mortifère. Elle ne menace pas seulement les Juifs, mais l’ensemble des sociétés démocratiques, les droits humains et la coexistence pacifique.

De gauche à droite : Eliezer Shai di Martino, Elie Cohen, Luc Zbinden, Pierre-Antoine Hildbrandt
Dans cette perspective, un appel direct a été adressé aux amis et représentants des autorités lausannoises, notamment au municipal de la ville de Lausanne Pierre-Antoine Hildbrand, présent à la célébration avec son fils. Les valeurs défendues sont communes : libertés fondamentales et respect de la dignité humaine. Derrière l’antisionisme affiché se cache souvent le même antisémitisme de toujours, qui ne vise pas seulement l’existence du seul État juif du monde, mais cherche aussi à détruire les valeurs mêmes.
Hanouka, identité, terre et légitimité
Le rabbin Eliezer Shai Di Martino a replacé Hanouka dans sa profondeur biblique et historique. La reconquête de l’héritage des pères n’était pas une entreprise de domination, mais une affirmation de fidélité et de justice. Ainsi, le lien du peuple juif à la terre d’Israël n’est pas une construction idéologique moderne, mais une réalité enracinée dans l’histoire et la mémoire. Hanouka célèbre le triomphe du peu sur le nombre, rendu possible par la fidélité, le sacrifice et la solidarité.
Allumer la lumière, ensemble
Dans ce contexte, le geste d’un ami de la communauté, Luc Zbinden, invité par la Communauté israélite à allumer le shamash, la bougie servante, a pris une belle valeur symbolique. Il a affirmé : « Votre communauté est la mienne, votre famille est la mienne, votre peuple est le mien. Je le redis et je le redirai sans cesse, en particulier dans une journée comme celle-ci… Et si vos mèches et vos flammes vacillent, nous serons toujours là pour les ranimer. »
Impossible d’éteindre la joie
Cette célébration de Hanouka à Lausanne n’a pas nié la douleur ni la gravité des temps. Elle a pleuré les victimes de Sydney et de toutes les violences antisémites. Mais elle a surtout affirmé, avec force et dignité, que la lumière ne s’éteindra pas. En allumant les bougies, en priant, en se tenant unis et solidaires, la communauté a proclamé que la joie ne peut être éteinte.


