D’vora Mizrachi Boaz (à gaudche) et Avi Mizrachi
En collaboration avec sa fille D’vora Mizrachi Boaz, Avi Mizrachi a écrit le livre Legacy of Hope: Hidden Heroes from Generation to Generation (L’héritage de l’espoir : des héros cachés de génération en génération). Ce livre est un témoignage émouvant de courage et de foi. Il raconte la vraie histoire de deux hommes de Dieu, l’un juif et l’autre chrétien, qui ont risqué leur vie pour sauver 50 000 Juifs en Bulgarie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les deux ont parlé de cette histoire extraordinaire lors de la réunion « Vers un deuxième concile de Jérusalem » qui s’est tenue à Jérusalem du 21 au 23 octobre 2025.
Une quête familiale pour comprendre
« Mes parents, dit A. Mizrachi, parlaient rarement de l’Holocauste. Ce n’est que lorsque mes quatre filles ont commencé à poser des questions que ma famille a commencé à découvrir notre histoire. Comment se fait-il que quelque 50 000 citoyens juifs de Bulgarie, qui devaient être déportés par les nazis, n’aient pas été assassinés ? »
Il y a environ dix ans, il s’est rendu à Sofia avec sa famille pour faire des recherches. Ils ont visité la Grande Synagogue où son père, Isi, avait prié, et ils ont trouvé la tombe de son grand-père Abraham.
Sa fille aînée a ensuite rédigé une thèse universitaire en hébreu sur le sujet, qui est aujourd’hui conservée dans les bibliothèques universitaires israéliennes. À partir de ces recherches, il a écrit l’histoire de sa famille.
« Comment ont-ils été sauvés ? »
Les chercheurs débattent depuis longtemps de la manière dont les Juifs de Bulgarie ont survécu. Une réponse récurrente met en avant deux leaders courageux : un rabbin remarquable nommé Daniel Zion et le chef de l’Église orthodoxe bulgare, le métropolite Stefan. Leur partenariat improbable, associé à la providence divine, a formé une chaîne d’événements fragile qui aurait facilement pu se rompre. Pourtant, par grâce, elle a tenu bon.
Qui était le rabbin Daniel Zion ?
Le rabbin Daniel Zion a été élevé dans une famille orthodoxe pieuse à Thessalonique, et est devenu à la fois rabbin et chantre, profondément versé dans la loi juive et largement respecté. Vers 1915, il s’est installé avec sa famille en Bulgarie, où il a dirigé et pris soin de sa communauté, finissant par présider la Cour rabbinique suprême et obtenir le statut de grand rabbin.
Il entretenait des relations amicales sincères avec des dirigeants chrétiens, notamment le métropolite Stefan. Lors d’un de leurs échanges théologiques, Stefan lui offrit une Bible complète, comprenant le Tanakh et le Nouveau Testament. D’abord offensé, le rabbin Zion déchira les pages du Nouveau Testament, puis, sentant qu’il avait déshonoré un ami, rassembla les fragments et rangea le livre.
Peu après, pendant les prières du matin, une figure lumineuse lui apparut. Ne sachant pas quoi en penser, il interrogea ses collègues rabbins, qui ne purent lui donner d’explication. Il se tourna alors vers son ami chrétien, qui lui dit : « Si cette personne réapparaît, dis-lui « hineni » (« me voici ») et demande-lui qui elle est. » La silhouette revint. « Hineni », dit le rabbin. « Qui es-tu ? » La réponse fut : « Je suis Yeshua. »
Perplexe, le rabbin Zion lut le Nouveau Testament et fut surpris par son ton profondément juif et ses nombreuses citations du Tanakh. Ensemble, lui et le métropolite Stefan prirent une décision cruciale : le rabbin Zion resterait pleinement juif, continuerait à diriger sa communauté en tant que grand rabbin et confesserait en privé que Yeshua était le Messie. Leur lien se renforça, bien avant le début de la guerre.
« Je suis en vie parce que l’Église bulgare et un rabbin intrépide ont aidé à sauver 50 000 Juifs, dont mon père. Notre tradition nous enseigne : « Quiconque sauve une vie, c’est comme s’il sauvait le monde entier. Puissions-nous être jugés dignes d’en faire autant ! »
Avi Mizrachi
La Bulgarie sous la pression nazie
La Bulgarie a d’abord tenté d’éviter le conflit, mais elle a rejoint l’Axe le 1er mars 1941. Les mesures anti-juives ont suivi les schémas familiers observés dans toute l’Europe : attaques contre les biens juifs, lois discriminatoires, travail forcé, badges jaunes, arrêt de l’éducation juive et création de listes et de moyens logistiques pour permettre la déportation. Les protocoles de Wannsee ont compté les 50 000 Juifs de Bulgarie dans la « solution finale ». Les autorités chargées de la déportation furent négociées et la machine fut mise en place.
Debout à la porte : actes de courage
Trois fois les déportations des Juifs de Bulgarie furent planifiées, et trois fois elles furent empêchées grâce au courage du rabbin Daniel Zion et du métropolite Stefan. Le rabbin avertit le roi Boris que le sang des Juifs retomberait sur la nation, tandis que l’Église ouvrit ses portes et mobilisa clergé et fidèles. Le Saint-Synode autorisa les certificats de baptême pour sauver des vies sans exiger de conversion. En mars 1943, Stefan mena lui-même la résistance, bloquant les trains prêts à partir. Ensemble, le rabbin et le métropolite proclamèrent leur foi en « le Rocher d’Israël » et sauvèrent des milliers de vies.
Le rabbin Zion fut arrêté pour avoir pris ouvertement position, mais il survécut et fut libéré avant la fin de la guerre.
Le fils d’un roi se souvient
Pendant le période du COVID, Avi et D’vora ont visité Sofia et interviewé Siméon II, fils du roi Boris III. Il leur a dit qu’il connaissait la lettre du rabbin Zion à son père et qu’elle avait beaucoup touché le roi. « Quand je lui ai demandé pourquoi, selon lui, les Juifs de Bulgarie avaient été épargnés, il a simplement répondu : « Dieu ». Oui, il y a eu des actes de bravoure humaine, mais c’est Dieu qui a touché les cœurs et maintenu la chaîne. », dit D’vora.
Pourquoi l’histoire de la Bulgarie est importante
Ce sauvetage n’est pas le fruit de la seule foi juive ou du seul courage chrétien. Il est le résultat de l’action d’un rabbin et d’un métropolite qui, chacun restant fidèle à lui-même, se sont tenus côte à côte devant les rois et les foules, ont risqué leur vie et ont incité leurs communautés à agir. C’est l’unité des justes, juifs et non-juifs, qui a arrêté les trains.
« Aujourd’hui, alors qu’Israël est à nouveau confronté à la haine et à la violence, cette histoire reste douloureusement d’actualité. Nous honorons la mémoire de ceux qui ont péri et le courage de ceux qui, comme le rabbin Daniel Zion et le métropolite Stefan, ont résisté au mal pour sauver des vies, » affirme D’vora.
« Quiconque sauve une vie… »
Après la guerre le rabbin Zion a dirigé une petite synagogue très pauvre dans un quartier délabré de Jérusalem. En raison de sa foi, les autorités rabbiniques officielles lui imposaient des restrictions sur certaines cérémonies qu’il était autorisé à célébrer. Malgré cela, il continuait à guider discrètement sa communauté.
« Je suis en vie parce que l’Église bulgare et un rabbin intrépide ont aidé à sauver 50 000 Juifs, dont mon père. Notre tradition nous enseigne : « Quiconque sauve une vie, c’est comme s’il sauvait le monde entier. Puissions-nous être jugés dignes d’en faire autant ! » conclut Avi Mizrachi.
D’après les notes prises par Martin Hoegger


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