A Jérusalem: une réconciliation entre Juifs et Palestiniens.

A l’entrée de l’église Christ Church, Jérusalem, où a eu lieu la rencontre de « Vers un Concile de Jérusalem II.

La rencontre du mouvement « Vers un Concile de Jérusalem II », à Jérusalem en octobre 2026, n’a pas été organisée simplement comme une conférence, mais comme un temps de prière et d’intercession en faveur des desseins de réconciliation de Dieu. Après avoir écouté les témoignages de chrétiens palestiniens et arabes, les participants ont été invités à réfléchir à la manière de prier pour les Juifs et les Arabes vivant sur cette terre.

La discussion a rapidement dépassé le stade des appels généraux à la paix. Les participants ont souligné que la véritable réconciliation exige de la sincérité, de la repentance, la reconnaissance de la souffrance et la volonté d’affronter les préjugés et la peur. Des Juifs, des Arabes et des chrétiens de différentes nations ont parlé ouvertement de leurs propres communautés et ont prié pour la guérison.

L’honnêteté comme point de départ de la réconciliation

Un responsable a insisté sur le fait que la réconciliation ne peut se construire sur le politiquement correct ou sur des mots soigneusement choisis. Les blessures anciennes ont besoin d’espace pour s’exprimer honnêtement. Cela peut être inconfortable ; mais sans vérité, il ne peut y avoir de progrès authentique.

La prière de Jésus dans Jean 17 est devenue une référence centrale : « Père, que tous soient un. » L’unité n’est pas un idéal abstrait, mais un témoignage pour le monde. Les participants ont donc été encouragés à s’aventurer dans les zones difficiles de la douleur et du désaccord tout en restant attachés à l’unité souhaitée par Jésus.

Plusieurs personnes ont témoigné que cette matinée avait changé leur façon de comprendre la souffrance palestinienne. Un participant britannique a admis que, pour avoir souvent été confronté à la propagande anti-israélienne, il s’était endurci face à la souffrance palestinienne. Écouter des chrétiens palestiniens l’a aidé à reconnaître que leur douleur était réelle et qu’il devait prier différemment.

Un autre participant a fait remarquer que les blessures peuvent s’intégrer à l’identité personnelle ou collective. Les gens peuvent s’y accrocher parce qu’elles semblent définir qui ils sont. Pourtant, Jésus a embrassé la souffrance et a ouvert une voie, à travers la souffrance, vers la guérison et la résurrection.

Aimer les deux peuples

Un intervenant britannique a déclaré que l’Évangile s’était d’abord répandu depuis Jérusalem vers les nations, et qu’il croyait que la réconciliation pouvait désormais partir de Jérusalem de la même manière.

Il a décrit les divisions au sein de l’Église britannique. Certains chrétiens étaient devenus farouchement anti-Israël, tandis que d’autres avaient développé une hostilité envers les Palestiniens. L’Église se trouvait souvent prise entre deux feux, ne sachant pas comment réagir.

La clé, a-t-il dit, réside dans l’amour de Dieu. Les chrétiens doivent aimer le peuple palestinien et s’identifier à ses souffrances, tout en aimant également le peuple juif et en reconnaissant ses souffrances. Ces deux peuples ont connu la douleur à cause de ce qu’ils sont.

Une autre participante britannique a reconnu la responsabilité historique de son pays. La Grande-Bretagne avait causé des souffrances tant aux Juifs qu’aux Arabes. Elle a avoué que son propre cœur avait été plus ouvert envers le peuple juif qu’envers les chrétiens arabes et les Palestiniens, et elle s’est excusée pour ce déséquilibre.

Une perspective africaine

Un participant originaire du Kenya a expliqué que les Africains vivaient eux aussi avec des divisions entre chrétiens et musulmans, entre tribus et entre Églises. Les actes de violence commis par des musulmans avaient engendré la peur et l’hostilité dans son propre pays.

Il a avoué qu’il n’aimait pas les musulmans vivant près de chez lui et a prié pour que Dieu lui donne de l’amour à leur égard. La réconciliation, a-t-il dit, doit commencer chez soi, au niveau des individus, des communautés et des nations.

La douleur à la frontière de Gaza

Un pasteur messianique de Sderot a décrit le traumatisme du 7 octobre. Des personnes avaient été tuées dans les rues autour de lui, et pour la première fois, il avait prié le Psaume 91 spécifiquement pour sa propre sécurité.

Sa ville vivait sous les attaques de roquettes depuis de nombreuses années, et son ministère avait choisi le nom de « Ville de la Vie » afin de proclamer la vie plutôt que la mort, et la bénédiction plutôt que la malédiction.

Malgré ses souffrances, il a insisté sur le fait que la réconciliation entre Arabes et Juifs était essentielle. Se référant à Ézéchiel 47, il a souligné que les étrangers vivant en Israël et y élevant leurs enfants avaient eux aussi leur place sur cette terre. Il estimait que les Arabes vivant sur cette terre faisaient partie des desseins de Dieu, tout en critiquant vivement les interprétations politiques modernes et la théologie du remplacement.

La repentance au nom des communautés

Le rassemblement s’est ensuite orienté vers la prière. Un responsable a expliqué le principe de la « représentation intercédante » : les personnes peuvent non seulement se repentir de leurs péchés personnels, mais aussi se présenter devant Dieu au nom de leurs communautés.

Un croyant arabe a prié pour obtenir le pardon, reconnaissant que les Arabes avaient refusé des occasions de partager la terre et avaient voulu tout garder pour eux-mêmes. Il a remercié Dieu pour le privilège de participer à la vie et à la destinée d’Israël.

Les croyants juifs se sont ensuite repentis de la haine, du mépris et des mauvais traitements infligés aux Arabes. Ils ont demandé pardon pour les slogans racistes, la discrimination, les abus, la peur et la tendance à présenter tout un peuple comme mauvais. Ils ont également prié pour que les écoles, les soldats et les institutions soient purifiés des attitudes qui encouragent la haine.

Un autre croyant a prié pour la guérison de l’identité tant chez les Juifs que chez les Arabes et a demandé pardon pour l’orgueil spirituel au sein de la communauté messianique. Il a reconnu que le réflexe d’autoprotection avait parfois conduit les croyants juifs à se concentrer uniquement sur leur propre souffrance et à ignorer celle des autres.

Respect, dignité et cœurs transformés

Un participant afro-américain a fait le lien entre cette discussion et les tensions raciales aux États-Unis. Il a témoigné que Dieu lui avait enseigné que l’amour divin se révèle tout particulièrement envers ceux qui sont différents, opposés, voire hostiles.

Un autre croyant israélien a ajouté que la réconciliation exigeait le respect et la dignité. La paix ne peut être authentique si une communauté est traitée comme inférieure. Chaque être humain doit être honoré de la dignité que Dieu lui a donnée.

Une croyante juive issue d’un milieu sioniste de droite a décrit comment Yeshua avait transformé ses attitudes. Elle avait grandi en craignant les Arabes et en les considérant comme des menaces. Après s’être installée en Israël et avoir rencontré des Arabes musulmans et chrétiens, son point de vue a changé. Elle a commencé à se rendre à Jérusalem-Est, à fréquenter une église arabophone et a fini par y être baptisée. Elle a prié pour obtenir le pardon de la haine et des injustices commises par les colons et d’autres groupes.

Des signes indiquant que la réconciliation est déjà en cours

On a rappelé aux participants que la réconciliation judéo-arabe était déjà en marche depuis de nombreuses années. Des Juifs messianiques et des chrétiens arabes s’étaient rencontrés, s’étaient repentis les uns devant les autres, avaient partagé la Cène et s’étaient lavé les pieds mutuellement.

Lors d’une rencontre à Nazareth, des dirigeants arabes ont demandé pardon pour les violences et les malédictions dirigées contre les Juifs, tandis que des croyants juifs se sont repentis de ne pas avoir honoré les Arabes. Ils ont pleuré ensemble, ont reçu la communion et se sont lavé les pieds les uns aux autres.

Réflexion personnelle : Une réconciliation à poursuivre

Ce que j’ai vécu ce jour-là dans le cadre de TJCII m’a donné une grande joie et a réveillé en moi de nombreux souvenirs. Pendant quarante ans, les « Montées de Jérusalem » se sont rendues dans la Ville sainte, particulièrement au temps de Pentecôte, pour rencontrer à la fois les Églises historiques arabes et les communautés de croyants juifs en Jésus. J’ai eu la grâce de participer à ces rencontres durant vingt ans. J’y ai découvert combien la rencontre, la prière commune et l’écoute mutuelle peuvent ouvrir des chemins là où les blessures de l’histoire semblent dresser des murs.

C’est pourquoi je suis particulièrement reconnaissant que TJCII prolonge aujourd’hui cette vision de réconciliation et d’élargissement du Corps du Christ. Ce rassemblement en a montré à la fois la complexité et la possibilité. Les blessures, les peurs et les injustices ne peuvent être contournées : elles appellent vérité, repentance, pardon, dignité et amour.

Voir des croyants juifs et arabes reconnaître leurs propres manquements, prier les uns pour les autres et rappeler les gestes de réconciliation déjà vécus m’a rempli d’espérance. Rien n’est achevé, mais un chemin est ouvert. Au cœur de celui-ci demeure la prière de Yeshua pour l’unité des siens. Puisse son amour guérir les mémoires et conduire Juifs et Arabes à s’honorer, se pardonner et s’accueillir mutuellement.

Martin Hoegger


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